L'Office franco-québécois pour la jeunesse

La création

L’histoire de l’Office franco-québécois pour la jeunesse est indissociable du contexte enfiévré des années 60 qui portait la France et le Québec vers le changement et la redécouverte. C’est au cours du voyage historique du président de Gaulle au Québec en 1967, que naît l’idée de créer l’Office franco-québécois pour la jeunesse. Le général, qui soumet l’idée au Premier ministre québécois Daniel Johnson, souhaite ainsi « rebâtir les ponts entre le Québec et la France » en favorisant le rapprochement des jeunes adultes.

Le protocole fondant l’OFQJ est signé le 9 février 1968, par François Misoffe, ministre de la Jeunesse et des Sports du gouvernement français et Jean-Marie Morin, ministre québécois de la Jeunesse, des Loisirs et des Sports. Jean-Claude Quyollet, collaborateur de François Misoffe, et Jean-Paul L’Allier, alors directeur de la Coopération au ministère des Affaires culturelles du Québec, les artisans de ce protocole, seront les premiers secrétaires généraux de l’OFQJ.

Les premiers stagiaires

Les premiers pas de l’OFQJ se font dans la tourmente des événements de Mai 68 qui agitent la France. Un office pour la jeunesse paralysée par la jeunesse : les projets s’empilent sur le bureau du secrétaire général alors que les premiers échanges sont prévus pour le mois de juin. Il ne manquait plus qu’une grève de Postes Canada pour empêcher toute communication entre la France et le Québec pendant plus d’un mois. Mais l’équipe est jeune, motivée et garde le moral. Contre toute attente, les tous premiers stages de l’Office démarrent le 4 juin, malgré les grèves qui se poursuivent en France et l’impossibilité de communiquer de façon constante. Au cours de l’été 1968, il y aura plus de deux mille échanges de jeunes professionnels et d’étudiants. Ces premiers stages sont avant tout des échanges de découverte, ou plutôt, de « redécouverte », par groupe de vingt à quarante jeunes participants, mais la dimension formation professionnelle est pour l’instant relativement limitée et ce sont les échanges en rapport avec le domaine social qui occupent une place importante dans les activités de l’Office. Deux siècles après l’abandon du Québec par la France, les deux sociétés refont connaissance.

Pour mieux faire connaître le Québec aux jeunes français, l’OFQJ en France privilégie l’accompagnement des jeunes leaders, ayant des responsabilités sociales, économiques et politiques et qui pourront ensuite partager leur expérience dans leur milieu. Au Québec, le choix se porte vers les jeunes travailleurs qui, au contraire des étudiants, ont peu l’occasion de faire des stages et pour lesquels un stage avec l’Office représentait une opportunité exceptionnelle.

La première équipe de l’OFQJ à Montréal : un avenir prometteur

Autour de Jean-Paul L’Alllier, se sont retrouvés :
• Louise Fréchette, vice-secrétaire générale des Nations Unies à New-York de 1998 à 2006 ;
• Jean-Guy Saint-Martin, ancien ambassadeur du Canada au Maroc, sous-ministre adjoint au Développement économique du gouvernement du Canada ;
• Diane Wilhelmy, Déléguée générale du Québec à New York de 1998 à 2002 et ancienne sous-ministre au ministère des Relations internationales ;
• François Duffar, vice-président du conseil d’administration et président du Groupe Cossette Communication, l’une des plus importantes firmes de communication au Canada ;
• Jean-François Bertrand, ancien ministre des Communications ;
• Pierre-Marc Johnson, ancien Premier ministre.

C’est en 1973, après de longs débats, que l’âge des participants, jusqu’alors fixé entre 16 et 30 ans, s’étend jusqu’à 35 ans. Par la suite, il sera limité aux 18-35 ans. Pour préparer ces jeunes Québécois et jeunes Français à traverser l’Atlantique, une « réunion programme » et une session culturelle sont mises en place. La première consiste à rassembler tout un groupe de stagiaires quelques semaines avant leur départ afin de cerner leurs attentes et, à partir de là, bâtir leur programme. La deuxième prépare les stagiaires à ce qu’ils vont découvrir : en France, visite organisée de Paris et choix de conférences sur des thèmes culturels, économiques, politiques ou administratifs ; au Québec, découverte de Montréal et ateliers illustrant la vie québécoise.

L’avant-garde francophone

Tandis que l’Office s’organise, se développe et prend sa place au sein de la coopération franco-québécoise, la vie politique québécoise suit son cours. Depuis 1970, le Québec est dirigé par le Parti libéral de Robert Bourassa. La question linguistique est une priorité, les Québécois veulent vivre dans une société francophone et le nouveau gouvernement libéral veut faire du français la langue du marché du travail. Dès 1971, à l’initiative de Gaston Cholette, président de l’Office de la langue française, l’OFQJ proposera des stages liés au thème du français comme langue de travail.

Aux yeux des deux Premiers ministres de l’époque, Robert Bourassa au Québec et Valéry Giscard d’Estaing en France, l’OFQJ est le fer de lance de la francisation du Québec, multipliant les ressources, augmentant le nombre de stagiaires, haussant le financement en matière de francisation du travail. Malheureusement, le choc pétrolier en 1974 freine la dynamique de l’Office, soumis à l’augmentation vertigineuse du coût du transport aérien. Seulement mille cents stagiaires seront soutenus en 1975, guère mieux en 1976, alors que depuis plusieurs années le nombre minimal est fixé à mille cinq cents stagiaires par section.

Une coopération économique

Avec la victoire électorale de René Lévesque le 15 novembre 1976, les indépendantistes vont gouverner le Québec pour la première fois de l’histoire. Une fois de plus l’OFQJ est au coeur de la coopération alors que les relations franco-québécoises s’épanouissent et que son financement est augmenté de 35 %. L’objectif de trois mille participants pourra de nouveau être atteint.

De 1976 à 1980, l’accent des relations franco-québécoises est mis sur les relations économiques. Toujours dans la mouvance, l’Office va multiplier les stages de travailleurs spécialisés, d’agriculteurs et les échanges à caractère technique. La dimension économique est renforcée en décembre 1980 lorsque René Lévesque et Raymond Barre, Premier ministre français, signent à Paris une entente permettant à cent jeunes de chaque communauté d’obtenir un visa pour aller travailler en contrat à durée déterminée de l’autre côté de l’Atlantique et confient ce mandat à l’OFQJ. Les activités de l’OFQJ évoluent, les liens entre la France et le Québec s’approfondissent mais la formule des échanges par groupe pour une durée de deux à trois semaines limite les possibilités d’acquérir une véritable expérience professionnelle.

L’idée de stages d’immersion professionnelle mûrit et prend son envol en 1980. La réponse des intéressés est rapide et positive, cette nouvelle formule sera un succès : 130 projets de stages individuels ou de petits groupes verront le jour cette année-là.

Un grand virage

Face au nouveau choc pétrolier, à l’inflation du prix du transport et aux subventions gouvernementales à la baisse, l’OFQJ décide de limiter les groupes et de continuer dans la nouvelle voie du stage individuel ou de petit groupe. Avec l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, de nouvelles priorités gouvernementales sont fixées et une nouvelle impulsion est donnée à la coopération avec le Québec impliquant de nouveaux objectifs pour l’OFQJ : réduire la moyenne d’âge qui atteint alors presque 30 ans, privilégier les clientèles défavorisées, réaménager les programmes avec la création d’un volet dit « action prioritaire », sous le thème de l’insertion sociale et professionnelle.

Cap sur l’avenir

Si l’OFQJ prend naturellement les orientations souhaitées par le gouvernement, François Mitterrand, lui, s’intéresse moins au Québec. Décidé à tenir le premier Sommet des pays francophones en 1983, il s’entend avec Pierre Elliott Trudeau, Premier ministre fédéral, pour monter un projet sans impliquer le Québec. Mais son Premier ministre, Pierre Mauroy, et Hubert Védrine, son conseiller diplomatique, sont eux convaincus de l’intérêt et de la réalité de la coopération franco-québécoise et parviennent à convaincre le président Mitterrand que le vrai point d’appui en Amérique du Nord est le Québec.

Lors d’une visite officielle en juin 1983, René Lévesque est chaleureusement accueilli par François Mitterrand qui l’assure du soutien de la France. Pour finir de le convaincre, René Lévesque lui présente un projet d’envergure « Cap sur l’avenir », initié par l’OFQJ : faire traverser l’Atlantique en bateau à 600 jeunes Français et Québécois, de Québec à Saint-Malo, dans le sens inverse du célèbre navigateur Jacques Cartier qui découvrit le Québec 450 ans plus tôt.

Le 28 mai 1984, 600 jeunes embarquent à bord du paquebot Mermoz pour une traversée de quinze jours dont le thème majeur sera l’avenir. Les activités organisées sur le bateau seront sur les thèmes du travail, de la société, de la culture, du mieux-être, de la mer et de l’histoire. Cette opération sera un succès, salué par les deux gouvernements.

Une nouvelle dynamique

Avec 25 ans d’expérience, l’OFQJ est devenu l’outil incontournable d’une coopération franco-québécoise forte mais il devient nécessaire de définir une nouvelle dynamique afin de le rendre encore plus performant et de donner aux jeunesses française et québécoise de nouvelles perspectives. Les échanges vont être renforcés dans leur dimension économique en favorisant l’orientation et la formation des stagiaires. L’OFQJ décide de tourner son action de formation vers des secteurs prioritaires pour les deux gouvernements mais aussi porteurs d’avenir : la communication, la culture, le droit international, l’environnement, la science et la technologie, le tourisme et l’insertion des jeunes, avec un intérêt particulier porté au développement social des quartiers. De plus en plus, l’OFQJ souhaite encourager, chez les jeunes en situation difficile, l’esprit d’initiative, la créativité, la curiosité et la volonté d’entreprendre par le voyage et la découverte d’une autre culture et d’autres pratiques, une vision différente de la vie, de la société et de l’avenir.

Le renouveau

En 1995, la crise économique, qui n’a pas épargné la jeunesse, se termine à peine. L’OFQJ souhaite intervenir de façon ciblée en faveur des jeunes travailleurs et des jeunes en difficulté. Les bases de nouveaux stages spécialisés en entreprise avaient été mises en place dès 1994 en France, mais c’est en 1995 que le nouveau programme « Formation et emploi » se concrétise. Il constitue l’un des éléments de la nouvelle politique franco-québécoise de lutte contre le chômage des jeunes et cible uniquement les jeunes sans emploi et les jeunes décrocheurs. Le but du projet est d’améliorer leur employabilité à l’aide d’un stage indemnisé en France ou au Québec. Il se fait en partenariat avec la Société québécoise de la main d’oeuvre (aujourd’hui Emploi-Québec) et, en France, avec le concours des Régions. En 2005, plus de 2 000 Français ou Québécois auront bénéficié de ce programme avec grand succès. Après une telle expérience outre-Atlantique, 70 % trouvent un emploi ou renouent avec un cycle d’étude.

En tant que fondement de la relation franco-québécoise, la culture a toujours tenu une place particulière au sein de l’OFQJ et le renouvellement va aussi toucher ce secteur. En 1998, l’Office ne manquera pas de prendre part à l’ambitieux projet Le Printemps du Québec en France. Avec le concours « Heureux d’un printemps », organisé en collaboration avec l’Association des professeurs de français du Québec, ce sont plus de 250 jeunes québécois qui partiront vers la France pour porter la culture québécoise : tournée de spectacles de chanson et musique contemporaine, lectures publiques, cinéma, danse...

En 2001, la réciproque se fera au Québec, choisi pour accueillir la toute première saison française à l’étranger. En relation avec l’Association française d’action artistique (AFAA), le ministère de la Culture et des Communications au Québec et le ministère des Affaires étrangères en France participent à la définition de la ligne éditoriale de « France au Québec – la saison ». La volonté de chacun est alors de donner de la France une image renouvelée, axée sur la jeunesse et la vitalité de ses représentants comme celle des publics auxquels elle souhaite s’adresser. Acteur convaincu de la coopération culturelle pour la relève artistique, l’Office a trouvé tout naturellement sa place dans cet événement.

Se projeter dans l’avenir

Au début des années 90, aborder de front les questions qui sont posées aux sociétés modernes est le nouveau défi que veut relever l’OFQJ. En mettant en place des « universités d’été », rencontres organisées autour de thèmes actuels, comme le patrimoine, le développement économique régional, le multimédia et la ruralité, l’OFQJ dynamise ses programmes de coopération.

L’avenir est aussi pour l’OFQJ la projection d’une vision commune, souhaitée de part et d’autre. La réflexion mûrit et porte ses fruits. Il s’agit d’étendre le partenariat de l’OFQJ avec, par exemple, la création du Comité d’action politique franco-québécois (CAP-FQ) qui offre à de jeunes militants de partis politiques la possibilité de faire un stage dans un cabinet ministériel. C’est aussi la mise en place de la Semaine d’action contre le racisme (SACR), dont la première édition voit le jour en mars 2000, qui est depuis renouvelée chaque année.

Se tourner vers les pays tiers, dont ceux de la Francophonie, n’est pas une idée nouvelle. Mais il fallait d’abord que la France et le Québec atteignent leur objectif commun avant de positionner la coopération franco-québécoise dans la mondialisation. Le protocole fondateur de 1968 est alors amendé afin d’officialiser le fait que des acti vités puissent avoir lieu avec des pays tiers. La Côte d’Ivoire est l’un des premiers pays à bénéficier de cette nouvelle ouverture en 1999. Lors de la visite officielle de Jean-Pierre Raffarin au Québec, un nouveau protocole est signé le 23 mai 2003, qui entérine cette ouverture des activités vers des pays tiers ou des organisations internationales.

Dès 2004, les délégations s’ouvrent aux jeunes des pays tiers maîtrisant le français. Une priorité est donnée aux ressortissants européens ou des pays de la Francophonie ; ce seront de jeunes slovènes, portugais, italiens, allemands, hongrois, macédoniens, irlandais et polonais parlant français qui participeront au forum Actions Jeunes Citoyens à Montréal en octobre 2004 et de jeunes venant d’Algérie, d’Allemagne, de Belgique, du Liban, du Maroc, de Pologne, de Roumanie, de Tchèquie et du Tchad qui prendront part à Paris en juillet 2005 à l’École internationale d’été de jeunes entrepreneurs organisée par l’école Advancia en partenariat avec l’Université de Sherbrooke et l’OFQJ.

Entrez en transe... Atlantique

Le 6 octobre 2004, une grande soirée franco-québécoise de l’OFQJ s’est tenue au Spectrum de Montréal, sous la présidence d’honneur du Premier ministre du Québec, Monsieur Jean Charest, et de Madame Michèle Dionne, son épouse. Tour d’horizon après plus de 36 ans d’existence, cette soirée retraçait un tiers de siècle pendant lequel l’OFQJ, témoin et acteur privilégié des grands progrès accomplis au sein des sociétés française et québécoise, a su s’adapter et se renouveler pour répondre aux impératifs de la mobilité internationale des jeunes adultes en constante évolution. Lors de cette soirée animée par Calixte de Nigremont, 600 invités ont pu rencontrer des personnalités ayant fait leurs débuts à l’international avec l’OFQJ et ont vécu des moments privilégiés avec des artistes de la relève québécoise : K-Motion, Danse Cadence, Ariane Moffat, Steve Normandin, Karin Côté, Catherine Major, Jorane, Pierre Lapointe, Ginette. Ce fut l’occasion de souligner les mérites de participants de l’OFQJ qui se sont distingués dans leur sphère d’activités et de remettre le premier prix Envie d’agir franco-québécois.

Enfin, un nouveau programme de l’OFQJ est lancé, Synergie entreprise, qui favorise le développement de la culture entrepreneuriale et la sensibilisation aux valeurs entrepreneuriales chez les jeunes adultes. 1 million de dollars a été levé auprès des entreprises privées québécoises permettant ainsi d’offrir des bourses destinées à soutenir de jeunes entrepreneurs ou porteurs d’un projet de création d’entreprise en collaboration avec des organismes et entreprises partenaires.

De nombreuses personnalités ont participé à cette soirée : Monique Gagnon-Tremblay, vice-Première ministre, ministre des Relations internationales, ministre responsable de la Francophonie du Québec, Nicole Guedj, Secrétaire d’État aux droits des victimes, représentant le Gouvernement français.

Osez entreprendre !

Nommés respectivement en mars 2003 et en janvier 2004, Emmanuelle Pérès en France et Alfred Pilon au Québec sont les nouveaux secrétaires généraux de l’OFQJ. Répondant à la demande des deux gouvernements, ils mènent l’OFQJ sur une nouvelle voie, celle de l’entrepreneuriat et de l’initiative avec comme priorité l’emploi des jeunes. C’est dans cette perspective, et à la demande des deux Premiers ministres lors de la visite officielle de Jean Charest en France, que l’Office crée en 2004 le programme Synergie entreprise qui vise le développement de la culture entrepreneuriale et la sensibilisation aux valeurs entrepreneuriales chez les jeunes adultes.

LOJIQ – Les Offices jeunesse internationaux du Québec

Au Québec, en 2006, dans une volonté d’offrir aux jeunes adultes québécois un accès unique vers l’international, le gouvernement du Québec a entériné des actions concrètes afin qu’existe une réelle synergie entre les trois organismes de mobilité internationale jeunesse du Québec. En 2007, l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), l’Office Québec-Amériques pour la jeunesse (OQAJ) et l’Office Québec Wallonie Bruxelles pour la jeunesse (OQWBJ) se sont regroupés pour donner naissance à LOJIQ - Les Offices jeunesse internationaux du Québec. L’offre québécoise en matière de mobilité jeunesse internationale a été complétée en 2009 par la création de l’Office Québec-Monde pour la jeunesse (OQMJ), également regroupé sous LOJIQ, qui ouvre aux jeunes adultes québécois les portes de l’ensemble l’Europe et de l’Asie, entre autres.