• 25.08.2016

    Favelas de Rio & sécurité : la parole des femmes

    Actuellement en recherche de terrain à Rio de Janeiro, l’étudiante Anne-Marie Veillette souhaite comprendre la mécanique derrière les mesures prises par les autorités brésiliennes en matière de sécurisation des bidonvilles et ce, au travers du regard et de l’expérience quotidienne des femmes qui y vivent.  

    Dans le contexte de l’accueil de grandes rencontres internationales (la Coupe du Monde en 2014 et les Jeux Olympiques cette année), Rio a mis en place des Unités de police pacificatrices. Objectifs : éradiquer le trafic de drogues et réduire le taux de criminalité. 

    Complétant la 6e session d’une maîtrise en science politique à l’UQAM, Anne-Marie a souhaité apporter un angle féministe à sa recherche. Selon l’étudiante, aucun travail académique ou médiatique pouvant valoriser la parole des femmes n’a été fait sur l’occupation policière des favelas. En investiguant de cette manière, l’étudiante entend pouvoir aiguiser la compréhension des enjeux socio-économiques de ces zones marginalisées. 

    Anne-Marie collabore sur place avec Rafael Soares Gonçalves, un chercheur de l’Université pontificale de Rio de Janeiro qu’elle a pu rencontrer lors d’un premier séjour exploratoire effectué en 2014. Ce dernier l’accompagne dans ses travaux en lui ouvrant les réseaux communautaires de la ville et lui permettant ainsi d’enrichir les sources d’une réflexion se voulant vectrice de mise en valeur d’initiatives locales positives, notamment portées par les femmes. 

    « Dans les favelas, ce sont souvent des femmes qui sont à la tête des ménages et elles doivent se battre pour protéger leurs fils autant des trafiquants et que de la police. Plusieurs d’entre elles mènent ce combat avec vigueur dans l’espace public et sont d’ailleurs aujourd’hui des figures d’empowerment et de fierté pour leurs communautés, et ce dans tous les domaines : politique, journalisme, art, travail communautaire, etc. Elles sont aussi des figures incontournables de nombreuses luttes et mouvements sociaux à Rio de Janeiro, que ce soit contre la violence policière, contre les mégaévénements sportifs, contre la gentrification des favelas, pour l’amélioration des transports (voire leur gratuité), pour l’amélioration de services sociaux de santé et d’éducation, etc.

    Malheureusement, la police continue d’intervenir dans les favelas comme s’il s’agissait d’un lieu de non-droit, comme s’il s’agissait d’un champ de bataille où ils doivent à tout prix vaincre l’ennemi, qui est, dans ce cas-ci, le narcotrafiquant. Pourtant, dans ce cas-ci, les premières victimes de cette guerre dans les favelas sont les personnes qui y vivent, et donc une très grande majorité de personnes innocentes, qui se retrouvent sous les tirs des trafiquants et de la police. Et la voix de ces femmes, et plus largement des résidents-es des favelas, est encore perçue par la police comme une voix de connivence avec les narcotrafiquants, et est donc complètement délégitimée. »

    Extrait d’un témoignage d’Anne-Marie, disponible sur Facebook

    Au Brésil depuis le mois de mai, Anne-Marie sera de retour à la mi-septembre au Québec, d’où elle poursuivra son travail de recherche. 

    Ce projet est réalisé dans le cadre du programme Études, stages et projets étudiants de LOJIQ, par le biais de l’Office Québec-Amériques pour la jeunesse (OQAJ).