• 05.03.2012

    LOJIQ - Bénédicte Filippi remporte le prix LOJIQ-Rendez-vous du cinéma québécois 2012

    Le prix LOJIQ-Rendez-vous du cinéma québécois 2012, qui récompense le meilleur critique étudiant, a été remis le 26 février dernier à Bénédicte Filippi à l’occasion de la cérémonie de clôture de la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois à la Cinémathèque québécoise à Montréal.

    Bénédicte, diplômée en études internationales et en journalisme, s’est méritée ce prix pour sa critique du long métrage de fiction Le vendeur réalisé par Sébastien Pilote. Helen Faradji, rédactrice en chef de revue24images.com et directrice de l’atelier des jeunes critiques organisé dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, s’est dit très impressionnée par « la pertinence de son regard ». Elle a également indiqué que le jury, avait choisi de récompenser Bénédicte « pour la justesse de son analyse et surtout pour l'élégance, la poésie et la richesse de son écriture... »

    Ce prix permettra à Bénédicte de participer au jury étudiant du Festival Paris Cinéma qui se déroulera du 30 juin au 10 juillet 2012. Mentionnons que ce prestigieux événement, dont c’est la dixième édition cette année, est soutenu par la Ville de Paris et présidé par la comédienne Charlotte Rampling.

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    Encapsuler la vie qui va


    Ça se passe en région, là où il tombe encore de la neige, où les bénédictions de motoneiges attirent des foules, où le temps s’effiloche lentement.

    En filigrane, une usine de pâtes et papiers menacée de fermeture définitive depuis des mois, en avant-plan un concessionnaire d’automobiles sur le déclin et Marcel Lévesque, le vendeur vétéran émérite qui y travaille. Dans ce coin de pays où la morosité s’immisce partout, drames humains et sociaux se superposent.

    Sébastien Pilote livre avec le Vendeur son premier long métrage, une troublante chronique des temps modernes. Le cinéaste saguenéen choisit un vendeur d’automobiles dans un village isolé pour incarner un Québec en perdition.  

    « Je veux faire du cinéma proche des gens et porteur de messages », déclare le jeune cinéaste. Son fort remarqué court métrage Dust Bowl Ha! Ha! sorti en 2007 s’inscrivait dans cet esprit. Trois ans plus tard, Sébastien Pilote, fidèle à son credo, renoue avec le quotidien des gens ordinaires avec le Vendeur.

    À travers une trame dramatique qu’il déconstruit intelligemment, le cinéaste explore la vie de Marcel Lévesque (Gilbert Sicotte, formidable), un homme qui craint la solitude de la retraite et s’accroche à sa raison d’être, le travail. « Tu comprends mon ami, moi je vends des autos, c’est toute », confiera Marcel à un client pivot dans le film. Seuls sa fille unique (Nathalie Cavezzalli) et son petit-fils (Jérémy Tessier) parviennent à peupler une vie affective marquée par l’isolement.

    Marcel Lévesque est un être paradoxal, un brin « crosseur » en affaires, emprisonné par la routine, très près des siens. Le regard humaniste du cinéaste émeut : on se reconnaît dans les forces mais surtout dans les failles de Marcel. On s’attache à celui qui, à l’image du patelin, refuse de croire que tout est en train de basculer.

    Aimer et magnifier l’ordinaire

    Le concessionnaire automobile devient dans l’œil de la caméra de Pilote un lieu chargé de poésie. Les plans de guirlande de drapeaux claquant au vent, de banderoles publicitaires rotatives, de lampadaires trouant la froide obscurité de l’hiver révèlent une sensibilité et une élégance étonnantes. Le jeune cinéaste manie avec brio les symboles. La rutilance entretenue des voitures du salon d’exposition tranche à l’absurde avec la grisaille extérieure. Les grandes baies vitrées derrière lesquelles les vendeurs attendent les rares clients deviennent un miroir reflétant des silhouettes charriant déni, ennui, et inquiétude face à l’avenir.
    Le film évite toutefois habilement les dangers de complaisance et de misérabilisme. En fin observateur, Sébastien Pilote préfère évoquer plutôt que s’apitoyer ou dénoncer. La trame sonore douce et délicate composée par Pierre Lapointe et Philippe Brault épouse l’esprit du cinéaste. Elle accompagne, donne du souffle au récit.

    Gardien de mémoire collective

    Sébastien Pilote décide avec le Vendeur d’occuper un territoire menacé. Le secteur manufacturier, lointain flambeau de notre économie, vacille, grignoté par la mondialisation. Les régions se vident au profit des métropoles. Des vendeurs de la trempe de Marcel Lévesque disparaissent, vite remplacés par des jeunes endoctrinés aux formules standardisées. Un visage du Québec qu’on a connu et qui a façonné notre identité collective est en train de s’éteindre. Sébastien Pilote réussit à le capter et à l’immortaliser.

    Le jeune cinéaste saisit le déclin de l’empire américain à sa façon. Son film constitue un puissant coup de sonde de notre époque. À l’opposé de Denis Arcand et du dialogue ininterrompu de ses intellectuels, Sébastien Pilote fait le pari de la région, des petites gens, de l’économie de mots, de la lenteur. Pari relevé, « mon ami » !

    Bénédicte Filippi

    Pour plus d'information 

    Les Rendez-vous du cinéma québécois
    Festival Paris cinéma