• 20.07.2017

    Témoignage - Réintroduction d'un groupe de perroquets piones à tête bleue dans la réserve de Merazonia en Équateur

    « Du 4 janvier au 18 avril 2017, j'ai été sélectionné pour être responsable de projet au refuge Merazonia situé en Équateur dans la région de Pastaza. Le refuge ne pouvait se permettre de payer un salaire à ses responsables, ce fut donc une expérience bénévole. Situé à 1300 mètres d'altitude, à une heure de marche du village le plus proche, Merazonia est l'un des centres de réintroduction les plus connus du pays. Les animaux que l’on retrouve au centre sont des victimes du braconnage ou de la déforestation. Avec pour but de les vendre comme animaux de compagnie, les chasseurs vont souvent les garder dans des conditions inacceptables et souvent en faire des orphelins. On retrouve au refuge des capucins à front blanc, des singes laineux, un puma, des singes hurleurs, 7 espèces de perroquets et des kinkajous. Le but ultime du centre est la réintroduction. Il est donc impossible pour les touristes d'avoir accès à la réserve. Seule une équipe d'environ 15 bénévoles en rotation, un vétérinaire et cinq permanents ont l'honneur de s'occuper des rescapées.  

    Afin d'aider à la mission du refuge, j'ai eu le mandat de relâcher un groupe de quinze piones à tête bleue, faire l'inventaire des oiseaux de la réserve et d'augmenter l'enrichissement dans les volières du centre.

    La réintroduction d'un groupe de perroquets est un grand défi. Comme ceux-ci sont des animaux sociaux et qu'ils sont victimes de traumatismes suite à leur capture, leur préparation pour la réintroduction peut être très longue. En effet, certains sont capturés bébés ou on leur coupe les primaires et dans les deux cas l'oiseau n'a pas la capacité de voler à son arrivée. Après son rétablissement et une stricte quarantaine pour éviter l'arrivée de maladie dans le groupe, l'oiseau est intégré aux autres spécimens de son espèce. Il doit ensuite apprendre à reconnaître les sources de nourritures trouvées dans la nature, à bien voler et à bien atterrir et avoir des bonnes relations avec le groupe. Si l'ensemble de ces critères est respecté, la relâche est possible à condition d'avoir accès à un site où l'environnement est adapté aux besoins de l'espèce.  

    Lors de mon séjour, un nouveau protocole de réintroduction a été testé sur le groupe de piones ayant été relâché. En effet, pour les garder plus longtemps dans la réserve pour leur propre protection et adaptation, il a été décidé de séparer le groupe en deux en divisant les couples. Cette étape a été possible avec l'utilisation de micro puce sous-membranaire qui permettent d'identifier chaque oiseau par un numéro unique. Avec deux jours d'intervalle, le premier groupe a été relâché et est resté autour de la cage pour garder un contact visuel avec les partenaires de chacun. Pendant ce temps, le premier groupe a pu trouver aux alentours les ressources nécessaires et, lors de l'ouverture de la cage pour le second groupe, les montrer à ceux-ci. La télémétrie a été utilisée pour suivre le groupe, deux individus se sont vu installer des traqueurs sur leur queue. Ainsi, il était possible de les suivre à distance. Le système de télémétrie n'étant pas adapté à la dense jungle amazonienne n'a pas pu aider beaucoup, car le signal était facilement perdu. Le suivi visuel et auditif a donc été la meilleure option. Après deux mois de suivi, il est toujours possible de voir parfois jusqu'à 15 piones à tête bleue dans la réserve. Aucun oiseau mort ou blessé n'a été retrouvé. Nous croyons que le groupe libéré s'est mélangé à des individus sauvages. C'est la meilleure option qui pouvait leur arriver car ils peuvent ainsi profiter du support et du savoir de ceux-ci.  

    L'inventaire des oiseaux de Merazonia a permis de trouver 137 espèces différentes. Une belle diversité pour une réserve de seulement 250 acres. Un guide photo de l'ensemble de ces espèces a été créé pour partager ce savoir avec les bénévoles et partenaires de Merazonia. L'ensemble des observations est aussi disponible sur la base de données Ebird en ligne. Ce savoir est important pour connaître les populations présentes dans la réserve et l'impact que peut avoir la relâche de nouveaux individus. 

    Concernant l'enrichissement des oiseaux en volière, il est essentiel pour réduire le stress des oiseaux en convalescence. Nous avons donc testé différents nouveaux jeux ou améliorations dans les cages. Rajout de vieux bois morts, de balançoires, de perchoirs de différents matériaux, changement dans la diète ou agrandissement de l'espace, tout est bon à tester pour augmenter la qualité de vie des pensionnaires. L’introduction d’oiseaux arrivés seuls au centre à d’autres de leur espèce fait aussi partie de ce processus. De nombreuses heures d’observations sont nécessaires pour s’assurer de l’acceptation du nouveau venu dans le groupe et éviter l’intimidation.

    En parallèle avec ces trois grands volets, j’ai aussi participé à la réintroduction d’un groupe de kinkajous, à la construction d’une cage pour la relâche future d’un groupe de singe laineux et à l’assistance de la clinique vétérinaire pour l’examen clinique des animaux du refuge. 

    Après 105 jours dans la jungle, je peux dire que cette expérience m'a apporté beaucoup en tant que biologiste et en tant que personne. L'autonomie et l'organisation demandées par le poste de responsable, la simplicité apportée par la vie loin des technologies, le respect et l'écoute exigés par le travail en équipe. Dans les prochains mois, je partagerai mon périple lors de conférence organisée dans des écoles primaires et secondaires ainsi qu’avec des clubs d’ornithologie de ma région. Mon blogue ‘’ Parcours d’un écologiste’’ sur Facebook m’a permis de garder contact et de raconter mon aventure aux 500 personnes qui me suivent.

    Merci de m'avoir aidé à la réalisation de cette grande étape dans ma vie. »

    Victor Grivegnée-Dumoulin  
    
Étudiant en écologie à l’Université de Sherbrooke

    •  Blogue ‘’ Parcours d’un écologiste’’

     
    Ce projet est réalisé dans le cadre du programme Études, stages et projets étudiants de LOJIQ, par le biais de l’Office Québec-Amériques pour la jeunesse (OQAJ).