Dans le cadre de notre rubrique Donnons la parole à la relève scientifique, Arsène Salifou souhaite nous partager un résumé de ses recherches sur l’impact des activités anthropiques sur la forêt classée d’Agoua, au centre-ouest du Bénin.

Arsène Salifou est un jeune Béninois, Doctorant en Géographie et Gestion de l’Environnement à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin. Il a participé au Programme international de formation en évaluation du développement (PIFED) offert par l’École nationale d’administration publique (ENAP) à Québec. Ce projet s’inscrit dans le cadre de l’Initiative jeunesse de lutte contre les changements climatiques de LOJIQ.

Arsène détient une Maîtrise en administration publique de l’ENAP Québec (Évaluation des programmes) et est très actif et engagé :

– Membre de la Communauté du Programme International de Formation en Évaluation des Politiques et Programmes de l’ENAP Québec (Copifed)
– Membre du Groupe de Travail Technique de l’ARC/MAEP/Bénin/UA
– Doctorant en Géographie et Gestion de l’Environnement à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin
– Consultant en Évaluation Environnementale et Sociale
– Expert en Conception des modèles climatiques futures avec ARV et Climate Explorer
– Membre de Eval Youth Task Force 1
– Membre du Réseau Francophone des Évaluateurs émergents (RF-Ee) 
- Membre de l’Association Africaine d’Evaluation (AfrEA) 
- Membre du Réseau Béninois de Suivi et Evaluation (ReBSEv)

Voici les recherches qu’il souhaite partager avec nous.

Contexte et justification

Depuis la période coloniale jusqu’à aujourd’hui, les forêts classées en Afrique ont été gérées sans partage par les États. Ce qui a accru les risques de dégradation des sols et la perte de la biodiversité.

Au Bénin, les formations végétales, qui en 1976 couvraient 60% du territoire béninois, connaissent un recul important. En effet en 1990, selon l’Inventaire forestier national cité par CENAGREF (2013), les formations forestières sont évaluées à 4 923 000 ha, soit 44% de la superficie totale du territoire national. Elles sont passées de 2007 à 2015 de 2,7 millions d’hectares à 2 millions d’hectares, soit de 19% à 14,07%. En clair, en moins de 40 ans, soit de 1976 à 2015, la perte de la couverture végétale au Bénin est estimée à 45,93%.

La forêt classée d’Agoua est connue pour la qualité de ses sols à dominance ferrugineux adaptés à la culture de l’igname, la principale culture de base de la zone. Les terres cultivables par habitant sont passées de 4,11 ha en 1990 à 1,78 en 2012 et sera de 1,43 en 2022 (Myêhouénou, 2013). Cette situation a amené les populations, en l’occurrence la jeunesse, à s’adonner à la coupe du bois énergie et de services, à la chasse et la pêche dans la forêt classée d’Agoua pour faire face aux charges familiales. Ce qui a entrainé une forte érosion de sa biodiversité estimée à 70% (Sinsin, 2011).

C’est donc pour analyser l’impact des activités anthropiques sur la forêt classée que cette étude est menée.

Approche méthodologique

La méthodologie adoptée est axée sur la recherche documentaire et l’enquête de terrain à travers l’entretien direct et le focus group.

Ainsi, sur 9293 ménages agricoles, 17% ont été enquêtés, soit 238 personnes. La dynamique des formations végétales entre 1994 et 2014 a été utilisée pour évaluer le degré de régression des formations végétales dans la forêt classée d’Agoua à travers des images satellitaires Landsat-TM de 1994 et l’Orthophotoplan de 2014 disponibles au niveau du CENATEL/Bénin.

Résultats

L’analyse des résultats obtenus montre que l’agriculture est la principale activité responsable de la dégradation de la biodiversité dans le département des collines au Centre-Ouest du Bénin (70%). Il s’en suit la coupe du bois énergie et de services (20% et 10%). Ce fait a entrainé sur la période 1994-2014 une variation des superficies dans chaque formation végétale cartographiée. Les forêt-galerie (-0,31%), forêt dense sèche (-0,92%), forêt claire et savane boisée (-10,87%) et savane arborée et arbustive (-8,63%) ont connu une diminution des superficies. Tandis que les plantations (4,78%), les mosaïques de champs et jachères (15,88%) puis les agglomérations (0,06%) ont connu une augmentation de leurs superficies.

Le tableau ci-dessous montre la dynamique des différentes formations végétales entre 1994 et 2014.

Tableau 1 : Évolution des superficies des différentes formations végétales cartographiées (1994-2014) – Source : Construction de l’auteur, 2017 et actualisé 2020

Cette régression de l’ensemble des formations naturelles estimée à 70% a entraîné la perte de l’habitat et des espèces animales et végétales.

Photos : Culture sur brûlis et champ d’igname dans la forêt classée d’Agoua – Crédit : Salifou Arsène, Août 2016 et actualisé Mai 2020

Et il va s’en suivre une disparition progressive des espèces clés telles que Afzelia africana et Pterocarpus erinaceus, puis Colobus vellerosus et Tragelaphus spekei.

Pourtant, cette augmentation des emblavures culturales n’est malheureusement pas accompagnée de l’augmentation de la productivité à cause des mauvaises pratiques agricoles telles que :

  • l’itinérante sur brûlis pratiquée par 80% des paysans producteurs enquêtés,
  • le surpâturage et l’utilisation généralisée des herbicides.

Ceci a pour conséquence le taux de matière organique très bas : inférieurs à 1%, voire 0,5% dans la couche supérieure du sol et donc une baisse de la fertilité des sols.

Pour restaurer cet écosystème dégradé et accroître la productivité annuelle des paysans producteurs, des séances d’animation, de sensibilisation et de formation sur l’agriculture durable et l’agroforesterie ont été organisées.

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