Dans notre nouvelle rubrique Donnons la parole à la relève scientifique, pour le 2e article, nous avons choisi Alexandre Gagnon.

Alexandre est un professionnel de la recherche dans l’équipe ARIACTION de l’Université de Montréal. ARIACTION travaille sur des projets en lien avec la résilience, l’aménagement du territoire et la gestion des risques.

Inondations majeures et conséquences sévères

Les inondations exceptionnelles du printemps 2017 et 2019 au Québec ont eu des conséquences importantes sur le plan économique, social et environnemental. Des dégâts considérables ont été constatés sur les maisons, commerces, routes et milieux de vie à travers la province. Les coûts engendrés pour les municipalités touchées et le gouvernement atteignent près d’1 milliard. Sur le plan humain, ces événements ont été un défi de taille pour tous ceux ayant été impliqués dans la gestion des inondations. Les citoyens, dont la demeure a été inondée ont particulièrement été éprouvés, doivent puiser dans leurs ressources matérielles, physiques et mentales.

Passé le choc de la situation d’urgence, les municipalités du Québec et leurs citoyens ont débuté petit à petit un retour dit « à la normale ». On parle ici de la réintégration des citoyens évacués dans leurs maisons, de levée de l’état d’urgence et du retour au travail et à l’école. Il ne s’agit là que du début du long processus du rétablissement. Pourtant, les doutes persistent encore :

  • Et si une inondation similaire se reproduisait l’année prochaine ?
  • Que ferait la municipalité ?
  • Que feraient les citoyens ?
  • Qu’est-ce qui doit changer pour éviter une situation pareille ?

Repenser l’aménagement du territoire

Dans ce contexte, il est normal de se demander si ces doutes, questionnements et réflexions ont donné lieu à des changements tangibles en matière d’aménagement du territoire et d’urbanisme.

  • Quelles stratégies sont utilisées par différentes municipalités au Québec afin de faire face aux inondations et repenser leur développement ?
  • Comment ces stratégies et outils transforment-ils les milieux de vie ?

Les 2 exemples suivants permettent un survol d’approches différentes.

Se protéger des inondations

La municipalité de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, située au nord-ouest de l’île de Montréal et voisine de la municipalité de Deux-Montagnes, a été très sévèrement touchée par les inondations de 2019. Le 27 avril, la digue protégeant la ville des eaux du lac des Deux Montagnes a subi une brèche, entraînant l’évacuation d’urgence de près de 6000 personnes et l’inondation d’environ 2500 propriétés. Il s’agissait de la 1re fois qu’une digue non reliée à un barrage cédait au Québec en entraînant des dégâts majeurs.

La municipalité a choisi ensuite de procéder à une réfection de la digue. La nouvelle digue sera renforcée et plus élevée que la précédente et les municipalités voisines renforcent également leurs digues.

  • Que deviendront les terrains devenus vacants derrière les nouvelles digues ?
  • Comment sera géré l’entretien et la surveillance à long terme de ces ouvrages ?

Relocaliser les citoyens hors des zones à risque

Bordant la rivière des Outaouais et située dans les Basses-Laurentides, la municipalité de Saint-André-d’Argenteuil a subi les inondations de plein fouet en 2017 et 2019. Les dommages importants forçant la démolition de plusieurs maisons et la détresse des sinistrés ont poussé le maire de la municipalité Marc-Olivier Labelle à proposer un projet pilote.

Une partie centrale du projet pilote proposé consisterait à indemniser des citoyens vivant dans des zones à risque afin de racheter les demeures, démolir celles-ci et relocaliser ces citoyens ailleurs dans la municipalité dans de nouvelles demeures. Ce projet se déclinerait en d’autres dimensions, notamment avec la vision d’un parc régional et d’un nouveau quartier résilient projeté. Ce projet pilote permettrait d’envisager une refonte du territoire de la municipalité en libérant des espaces et en consolidant d’autres.

  • Les citoyens seraient-ils en accord avec le plan de relocalisation ?
  • Comment valoriser les espaces devenus vacants ?
  • Comment assurer un développement résilient à long terme de la municipalité ?

Comment choisir la bonne stratégie ?

Des initiatives en cours au Québec utilisent d’autres outils liés à l’aménagement du territoire, que ce soit l’approche par la règlementation et la mise à jour des connaissances de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) ou le relèvement de routes comme à Beauceville. D’un autre côté, plusieurs municipalités optent pour ou doivent composer avec le statu quo. Les différentes stratégies et outils sont nombreux et ceux-ci doivent être choisis avec soin afin d’être adaptés au contexte et aux enjeux locaux. Pour repenser sa ville, il faut s’appuyer sur des connaissances solides et impliquer les parties prenantes y compris les citoyens dans une démarche collaborative. Les inondations de 2017 et 2019, aux conséquences dramatiques, auront au moins servi de bougie d’allumage pour plusieurs municipalités sur le chemin de la résilience aux inondations.

Bibliographie supplémentaire :
Thomas, I. et coll. (2020). Sainte-Marthe-sur-le-Lac : enseignements et recommandations des retours d’expérience. En cours de publication.
Thomas, I. et coll. (2020). Retours d’expérience des inondations de 2017 à Gatineau et Deux-Montagnes : Les enseignements d’une méthode innovante. En cours de publication.

Images – Source et license
Source : Données Québec
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Photo d’Alexandre Gagnon
Source : Photographie prise par Amélie Audry Bertaigne
License : Photographie prise pour l’équipe de recherche ARIACTION dont je suis membre chercheur. Autorisé par la directrice d’ARIACTION madame Isabelle Thomas.

 

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